Good night mummy

Réalisé par Véronica Franz et Severin Fiala, sorti en 2014, production autrichienne.

L’histoire

Deux jumeaux, livrés à eux-mêmes, errent au milieu de la campagne autrichienne. En vacances dans leur résidence secondaire, les enfants tuent le temps comme ils peuvent. Ils jouent ensemble aux abords de la maison dans les champs de maÏs, au bord du lac ou dans le jardin. C’est là que se déroulent leurs explorations, leurs rencontres avec la faune locale. Ils s’y sentent plus à l’aise qu’à l’intérieur de la grande maison, où déambule leur mère froide et distante. Elle revient d’une opération et des bandages lui cachent complètement le visage. 

Une tension s’installe entre la mère et les jumeaux et va s’intensifier au fur et à mesure que les jours passent …

Aspects horrifiques – sans spoilers

Le temps semble à rallonge dans cette maison. L’ambiance lourde et pesante de la relation est ancrée dans le silence : peu de dialogues et de musique. Tout renvoie à l’isolement des enfants dont nous partageons le point de vue. Le village d’à-côté semble tout autant déserté, renforçant la sensation de huis clos entre la mère et les enfants.

Des photos géantes et floues de la mère décorent étrangement les murs de cette habitation : elles la présentent avant et après l’opération, pourtant en cours de cicatrisation. Personnage mystérieux dont nous savons peu de choses, le visage de la mère, caché, nous inquiète. Cela fait écho à l’absence des visages des adultes : on n’aperçoit le livreur que de biais et le regard du prêtre seulement dans le rétroviseur ; tout est fragmenté. 

Alors que les enfants sont longuement accompagnés par la caméra, la mère apparaît dans le cadre de manière abrupte, surgissant sans qu’on l’ait vue arriver, comme un personnage secondaire inattendu.

La relation se dégrade peu à peu entre les jumeaux et la mère : elle ne leur montre pas de signes d’affection, ne leur souhaite pas bonne nuit et leur demande d’être les plus silencieux possibles. La colère de la mère ne semble pas avoir de causes ou de raisons apparentes, nous laissant partagé•es entre la souffrance présumée de cette femme et la relation abandonnique qu’elle entretient avec ses enfants. L’anxiété monte petit à petit chez les spectateurices : ce conflit froid, jusqu’où va-t’il aller ?

Aspects horrifiques – avec spoilers

Le titre original du film, Ich Seh Ich Seh (Je vois Je vois) questionne le rapport au réel : la mère est certes maltraitante mais elle est dépassée par son fils qui vit dans le déni de la mort de son frère, ce qu’on comprend dans le dernier tiers du film. Ce rapport à la mort d’Elias est illustré par la conservation du cadavre du chat : comme un souvenir de la mort de Lukas. Par contre, ce chat trouvé a un nom, alors que nous ne connaissons pas celui d’Elias pourtant protagoniste du film. Sa mère ne l’appelle jamais par son prénom, dans une violence silencieuse qui se retourne contre elle.

Dans leurs rêves nocturnes les enfants expérimentent des jeux avec les cafards sur leur mère, pour savoir si elle humaine, présageant la suite. Car comment savoir si maman est bien maman ? Il faut la torturer. La simplicité des actes de violence, comme une loupe qui brûle la peau au soleil, semble tout droit sortie de l’esprit d’un enfant sadique. Quand elle ne veut pas lui parler, Elias lui colle la bouche, quand elle dit qu’elle ne voit pas Lukas, il lui colle les yeux.

On a beaucoup aimé 

Le film prend le temps de poser l’intrigue et les personnages avant d’aller crescendo dans l’horreur. On vacille sans cesse entre le point de vue de l’enfant et du parent : cette femme est-elle leur mère ? Les angoisses traversées par bon nombre d’enfants deviennent crédibles. Elles s’incarnent dans une violence intrafamiliale graduelle et le doute sur la filiation devient sujet d’horreur. Dans le genre, c’est inédit. Alors qu’Elias doute de s’il s’agit de sa mère, elle devient de plus en plus violente. Lorsqu’elle dévoile son visage et qu’elle revient vers lui en espérant une réconciliation, son enfant reste incrédule. Le mal est fait : la fiction d’une mère remplacée par une étrangère est irrévocable.

L’oeuvre s’apprécie pleinement au deuxième visionnage, qui nous permet de repérer les indices qu’Elias est l’unique enfant restant : la mère ne place qu’un seul verre sur la table, ne s’adresse qu’à un seul des jumeaux, et refuse catégoriquement de reconnaître la présence de Lukas.

Le matricide signe une libération : alors que les pompiers interviennent pour éteindre le feu,le corps lumineux de la mère s’échappe de la maison. 

*Zouzou *Lore *Convection

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