Réalisé par Ari Aster, sorti en 2018, production étasunienne.
L’histoire
Tout commence par un enterrement : Ellen, la grand-mère est morte, laissant sa fille Annie et sa petite fille Charlie déstabilisées par ce deuil. Annie décrit sa mère comme manipulatrice, ayant cherché à prendre sa place auprès de sa propre fille Charlie lorsque qu’elle l’a mise au monde.
Charlie est une jeune fille avec des tocs, à l’allure atypique et qui semble avoir des difficultés relationnelles. Elle est très peinée par la mort de sa grand-mère qui était une figure protectrice pour elle. Des évènements étranges se déroulent depuis la mort de celle-ci, réels et surnaturels. Alors qu’Annie souhaite être tranquille pour la soirée, elle demande à son fils Peter, un adolescent au regard bovin, d’amener sa sœur Charlie à une soirée du lycée. Mais la soirée va mal tourner…
Aspects horrifiques – sans spoilers
Le film est jonché d’indices et de signes que les personnages sont la cible d’une force supérieure.
Des inconnus sourient étrangement à Charlie près du cercueil, puis à l’école. On apprend que la tombe de la grand-mère a été profanée et Ellen apparaît comme un fantôme auprès d’Annie et de Charlie, autant de mystères qui entourent sa mort.
Pour rationnaliser, Annie construit des maquettes représentant des scènes clés de sa propre vie, comme une pratique expiatoire de son sentiment de culpabilité vis-à-vis de la place que sa mère a prise auprès de Charlie. Cette dualité esprit maquette est bien mise en scène dans le film : les maquettes portent une ambiance macabre mais réaliste.
Deux visions s’opposent dans le film, incarnées par deux personnages : soit le ou la spectateurice pense qu’Annie et Peter décompensent suite au deuil, ce qui relève de la psychiatrie, dans la vision de Steve, soit on soupçonne que des esprits tourmentent les membres de la lignée d’Ellen, vision symbolisée par Joan, qui encourage Annie dans le spiritisme pour se connecter à Charlie. Les méandres des relations familiales et les non-dit faces aux événements tragiques auxquels la famille est confrontée tiennent le ou la spectateurice dans un malaise constant.
Aspects horrifiques – avec spoilers
Les scènes d’horreurs s’accumulent progressivement à partir de la scène de décapitation, glaçante. Alors que la famille se disloque, Annie raconte à sa nouvelle confidente, Joan, une scène de somnanbulisme ou elle a voulu tuer ses enfants. Ce récit fabrique une pression auprès du spectateur : on a peur de ce qu’Annie pourrait faire à Peter. Peter s’enfonce quant à lui dans un silence, ballotté par des visions, de plus en plus méfiant vis-à-vis de sa mère ; son corps devient le jouet de puissances extérieures qui lui veulent du mal.
Les esprits prennent de plus en plus de place au fur à mesure que le film avance. Le spiritisme prolonge l’impossibilité du deuil d’Annie : elle espère entrer en contact avec sa fille et s’enfonce dans la croyance en l’existence des manifestations de Charlie. Annie entraîne sa famille dans une séance nocturne pour invoquer sa fille, dès lors Steve la considère définitivement comme folle, alors qu’elle comprend qu’elle est dépassée par des manigances sectaires initiées par Ellen bien avant sa mort.
On a moyennement aimé
L’ambiance est réussie : les maquettes, le rôle de Charlie, l’impossibilité de communiquer entre les membres de la famille. Cependant l’intrigue est poussive et alambiquée : plus le réalisateur nous livre des explications pour justifier la présence du surnaturel, moins on y croit.
Le projet de la secte est de réincarner le roi Paimon grâce au sacrifice de Charlie. On ne comprend pas très bien la logique des sacrifices, qui semblent inutilement sophistiqués, dans une mise en scène impressionnante mais qui laisse incrédule face aux explications peu convaincantes sur le délire . La secte est présentée de manière caricaturale et grotesque à travers un complot agencé autour de la famille. Le père meurt sans raison apparente, Peter est finalement poussé au suicide alors que les esprits essaient de le tuer plusieurs fois. Autant d’incohérences au cours desquels le ou la spectateurice n’a plus d’empathie pour les personnages qui subissent des pressions illogiques. Le film préfigure Midsommar dans un brouillon où les élément clefs de Ari Aster sont déjà présents : le deuil, les liens familiaux, la secte comme salvatrice d’une héroïne dont la vulnérabilité a été sciemment orchestrée.
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